Le douanier déchiffre mon formulaire vert tandis que je réponds à chacune de ses questions. Non, je ne suis pas venu pour mettre le pays à feu et à sang, je ne connais personne aux Etats
Unis et je viens en ami, comme sur Myspace. L'homme apprécie moyennement, me dévisage avec dédain et suspiscion avant de me souhaiter mécaniquement Your Welcome, puis lance
par dessus mon épaule : "Next" !!!
Libre, les cinq sens en éveil, je file vers la porte de sortie.
Course en taxi, arrivée au YMCA Vandebilt à Midtown, coeur de ville. L'unique fenêtre de la chambre nous offre en perspective la tête du Chrysler et ses gargouilles. Au matin
du premier jour, prise de bec avec la caissière au sortir d'un breakfast in america bien frenchie pour m'être servi du café dans un bol réservé au lait. Big Nose est en colère et me sers
quelques rafales d'adverbes bien sentis auxquelles je riposte à grand renfort de take my fucking money and set me free pour simuler une pratique courante de la langue ainsi qu'un intêret
moyen pour Sting.
On n'est pas venus pour jouer la montre, objectif batterie de rechange pour le camescope et adaptateur 110. Rascal à mes côtés se chargera de la boite à images.
Direction la gare. En façade extérieure, l'horloge et sa trotteuse la plus lourde du monde. On entre par le haut. Tapis roulant, escalator ? Stop, l'escalier, don't walk !!!!
Sous nos yeux la scène interminable de la descente au landau des incorruptibles. Le mafieux-le bébé-le mafieu-le bébé (à lire très vite) . Gros plan sur les roues de la poussette,
le comptable véreux et face de craie qui sent le traquenard, les pupilles dilatées de Kevin Costner, les roues du landau, encore les marches au ralenti... euh, j'en étais où ?
Soho, Little Italy, Chinatown, Lower, Brooklin la nuit, Upper, East, Central Park, West, les ruines du Cotton Club à Harlem by Night où l'on s'endort dans la rue, épuisés. A chaque jour son
marathon. Les toits, les rues, Broadway la balafre dans tous les sens, walk, don't walk, re-walk...
"Where do you wanna go ?" nous demande le chauffeur. En vérité, on s'en fout, on avait juste envie de prendre un taxi à New York. Les Rolling
Stones déboulent par les haut parleurs lorsque nous prenons place à l'arrière de la berline jaune. "Don't care where we go, pump-up the volume. And go straight,
man". La nuit tombe et nous traversons la ville illuminée comme un sapin de Noël. Etape au Hard Rock Café. En vitrine, guitares, médiators et baguettes de légende, disques d'or, la panoplie de
Mickael Jackson, et pas la moindre allusion à Johnny. On noie notre chagrin dans le houblon en matant les zicos depuis le balcon, ça envoie du lourd. J'ose à peine dégainer ma
caméra jusqu'à l'intrusion d'un car de japonais qui montre l'exemple en mitraillant la place en deux minutes quinze sans consommer avant d'aller sévir aussi sec chez Bugs Bunny au rez de chaussée
de la Warner Bros Tower (tout près de la 57ème rue, ça vous rappelle quelque chose ?) Puis il y a cette ballade dans le square d'un quartier à dimension humaine. Rollers,
artistes, joggers, il y a même un terrain de pétanque à côté de l'Arc de Triomphe ! Le type qu'on vient de croiser, je le connais, bon sang. Impossible de mettre un nom derrière ces
lunettes noires rondes comme deux pommes. La tête de Bob Dylan et la bouche à Thiéfaine. A New York, tout est permis, je fais demi tour et tape sur l'épaule du gars, lui demandant
poliment.
" - On s'est pas déjà vus quelque part ?
- Vus je crois pas, mais on a déjà fait de la route ensemble."
- ( !!! )
- Si, dans ta voiture, quand tu vas bosser. Je suis même allé chez toi pendant que t'écrivais des conneries sur internet ou que tu faisais le ménage.
- Fuck myself of a bitch, what a surprise ! (traduction littéraire de je-suis-bête-comme-cochon-j'y-avais-pas-pensé !) Mais qu'est-ce que tu fais là ?
- Hé mec, je suis ici chez moi, et je traine souvent dans ce joli coin (fucking place en américain). C'est magique ici, poursuit-il. Un soir, au coucher de soleil, j'y ai croisé une légende
du rock. Quand j'ai raconté ça à mon pote Frankie Lee, il m'a dit que lui aussi l'avait croisé. Alors on a écrit une chanson, sans toucher aux guitares, rien qu'en discutant lui et moi, toute la
nuit".
Puis il saisit une Gibson Lespaul venue de nulle part, grimpe sur une table d'échecs qui tourne comme un carrousel et joue rien que pour moi sa rencontre avec Bo Diddley dans les lumières de
la ville jusqu'à ce que la sonnerie du réveil ne m'extirpe de vieux souvenirs mêlés de fantasmes. Je n'ai pas tout perdu, je sais maintenant qu'après 29 ans de carrière, Willie Nile est enfin
en "Live from the Streets of New York".
Un bonheur n'arrive jamais seul. Ce que j'ignore encore, c'est la parution de House Of A Thousand Guitars (tout un programme), sixième album studio de celui qu'on surnomme le One Man Clash,
dans les bacs depuis le 07 mars 2009.
Mais chacun son tour, la vie c'est le partage, j'vais pas faire tout le boulot tout seul.
N'est-il pas ?
A propos de partage, le partenaire d'écoute libre et légale ci dessous ne référence aucun titre du New Yorker, raison pour laquelle je remonte à la source.
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Jets d'eau