Jeudi 16 avril 2009 4 16 /04 /Avr /2009 22:10

Le douanier déchiffre mon formulaire vert tandis que je réponds à chacune de ses questions. Non, je ne suis pas venu pour mettre le pays à feu et à sang, je ne connais personne aux Etats Unis et je viens en ami, comme sur Myspace. L'homme apprécie moyennement, me dévisage avec dédain et suspiscion avant de me souhaiter mécaniquement Your Welcome, puis lance par dessus mon épaule : "Next" !!!
Libre, les cinq sens en éveil, je file vers la porte de sortie.
Course en taxi, arrivée au YMCA Vandebilt à Midtown, coeur de ville. L'unique fenêtre de la chambre nous offre en perspective la tête du Chrysler et ses gargouilles. Au matin du premier jour, prise de bec avec la caissière au sortir d'un breakfast in america bien frenchie pour m'être servi du café dans un bol réservé au lait. Big Nose est en colère et me sers quelques rafales d'adverbes bien sentis auxquelles je riposte à grand renfort de take my fucking money and set me free pour simuler une pratique courante de la langue ainsi qu'un intêret moyen pour Sting.
On n'est pas venus pour jouer la montre, objectif batterie de rechange pour le camescope et adaptateur 110. Rascal à mes côtés se chargera de la boite à images.
Direction la gare. En façade extérieure, l'horloge et sa trotteuse la plus lourde du monde. On entre par le haut. Tapis roulant, escalator ? Stop, l'escalier, don't walk !!!! Sous nos yeux la scène interminable de la descente au landau des incorruptibles. Le mafieux-le bébé-le mafieu-le bébé (à lire très vite) . Gros plan sur les roues de la poussette, le comptable véreux et face de craie qui sent le traquenard, les pupilles dilatées de Kevin Costner, les roues du landau, encore les marches au ralenti... euh, j'en étais où ?
Soho, Little Italy, Chinatown, Lower, Brooklin la nuit, Upper, East, Central Park, West, les ruines du Cotton Club à Harlem by Night où l'on s'endort dans la rue, épuisés. A chaque jour son marathon. Les toits, les rues, Broadway la balafre dans tous les sens, walk, don't walk, re-walk...
 "Where do you wanna go ?" nous demande le chauffeur. En vérité, on s'en fout, on avait juste envie de prendre un taxi à New York. Les Rolling Stones déboulent par les haut parleurs lorsque nous prenons place à l'arrière de la berline jaune. "Don't care where we go, pump-up the volume. And go straight, man". La nuit tombe et nous traversons la ville illuminée comme un sapin de Noël. Etape au Hard Rock Café. En vitrine, guitares, médiators et baguettes de légende, disques d'or, la panoplie de Mickael Jackson, et pas la moindre allusion à Johnny. On noie notre chagrin dans le houblon en matant les zicos depuis le balcon, ça envoie du lourd. J'ose à peine dégainer ma caméra jusqu'à l'intrusion d'un car de japonais qui montre l'exemple en mitraillant la place en deux minutes quinze sans consommer avant d'aller sévir aussi sec chez Bugs Bunny au rez de chaussée de la Warner Bros Tower (tout près de la 57ème rue, ça vous rappelle quelque chose ?) Puis il y a cette ballade dans le square d'un quartier à dimension humaine. Rollers, artistes, joggers, il y a même un terrain de pétanque à côté de l'Arc de Triomphe ! Le type qu'on vient de croiser, je le connais, bon sang. Impossible de mettre un nom derrière ces lunettes noires rondes comme deux pommes. La tête de Bob Dylan et la bouche à Thiéfaine. A New York, tout est permis, je fais demi tour et tape sur l'épaule du gars, lui demandant poliment.
" - On s'est pas déjà vus quelque part ?
- Vus je crois pas, mais on a déjà fait de la route ensemble."
- ( !!! )
- Si, dans ta voiture, quand tu vas bosser. Je suis même allé chez toi pendant que t'écrivais des conneries sur internet ou que tu faisais le ménage.

- Fuck myself of a bitch, what a surprise ! (traduction littéraire de je-suis-bête-comme-cochon-j'y-avais-pas-pensé !) Mais qu'est-ce que tu fais là ?
- Hé mec, je suis ici chez moi, et je traine souvent dans ce joli coin (fucking place en américain). C'est magique ici, poursuit-il. Un soir, au coucher de soleil, j'y ai croisé une légende du rock. Quand j'ai raconté ça à mon pote Frankie Lee, il m'a dit que lui aussi l'avait croisé. Alors on a écrit une chanson, sans toucher aux guitares, rien qu'en discutant lui et moi, toute la nuit".
Puis il saisit une Gibson Lespaul venue de nulle part, grimpe sur une table d'échecs qui tourne comme un carrousel et joue rien que pour moi sa rencontre avec Bo Diddley dans les lumières de la ville jusqu'à ce que la sonnerie du réveil ne m'extirpe de vieux souvenirs mêlés de fantasmes. Je n'ai pas tout perdu, je sais maintenant qu'après 29 ans de carrière, Willie Nile est enfin en "Live from the Streets of New York".
Un bonheur n'arrive jamais seul. Ce que j'ignore encore, c'est la parution de House Of A Thousand Guitars (tout un programme), sixième album studio de celui qu'on surnomme le One Man Clash, dans les bacs depuis le 07 mars 2009.
Mais chacun son tour, la vie c'est le partage, j'vais pas faire tout le boulot tout seul.

N'est-il pas ?

A propos de partage, le partenaire d'écoute libre et légale ci dessous ne référence aucun titre du New Yorker, raison pour laquelle je remonte à la source.


Par Deux volumes d'eau - Communauté : La communauté Cali
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Vendredi 20 mars 2009 5 20 /03 /Mars /2009 20:40
Un vieil adage dit que loup ne mange jamais la queue tout de suite, l'hiver s'en est allé en emportant Bashung qu'on inhume à la dernière chute de mercure, ironie s'il en est, le jour de la francophonie. La vie continue pour le reste du monde, c'est le printemps, et sauf l'absence rien ne nous retient dans la glace.

Bien des rues portent un nom célèbre. Certaines sont affublées de celui du bourg voisin, d'autres saluent la mémoire des dates ou le parfum des fleurs. Il y a les utopiques (de la Paix), les éternelles (du Paradis). Certaines revendiquent (de la Résistance) ou tentent le diable (de l'Enfer). Je ne m'étalerai pas sur celles qui se cachent(derrière l'Eglise), pas plus que sur celle qui croise la rue de la soif (...de la Gerbe, ça ne s'invente pas).

Alors que serait une rue qui nous ressemble ? La mienne serait ronde et piétonne, il y aurait un disquaire truffé d'imports, une cave à bons vins pour narguer les chercheurs parano aquaphiles, deux bars rock (un pour les fumeurs qui n'ont plus le droit de fumer), deux restaurants baroques (pour éponger les mêmes), des cabarets sauvages ici et là, beaucoup d'artistes en tous genres, quelques distributeurs de préservatifs pour renvoyer la mort au diable et pas de sens interdit dans le respect de chacun. Chaque pâté de maison correspondrait à une heure donnée, il suffirait de squatter le 23 pour vivre une nuit sans fin. A l'instar de la chambre 13 d'un hôtel, ne cherchez pas le numéro huit qui n'existe pas. Ne trainez pas trop non plus au 11 bis et 19 ter sous peine de finir prématurément au carrefour qui croise la rue de la soif (cf plus haut).
J'oublie quelque chose ? Oui, il y aurait un va et vient incessant de musiciens de rue en tous genres. De ceux qui donnent une couleur à la vie, un sens à la liberté, un geste à la parole.
Il est à ce propos un groupe qui n'a pas besoin de rebaptiser les rues de New York pour faire la promo de son dernier né puisque je suis là (un peu de pommade avant un week end de labeur ne me fera pas mal).

Sur ce, je m'en vais (après Miossec et Cali) chercher pour vous (après moi tout seul) une perle rare, justement au pays de la liberté libérale (dixit Christian). L'appel des rues, encore. Mais j'en dis déjà trop...
A très bientôt.

Par Deux volumes d'eau - Communauté : La communauté Cali
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Samedi 14 mars 2009 6 14 /03 /Mars /2009 22:36

Des mots pour ne rien dire, d'autres engagés. Des lignes que personne ne lit, des  mots qui touchent, d'autres qui blessent, toujours sur la ligne blanche. Tout ça pourquoi ? Partager, s'instruire, connaître, découvrir, rêver, vivre et mourir.

1981. Je découpe le coupon d'abonnement au club d'achat de disques par correspondance. Maman cède à mes demandes successives, j'ai enfin le privilège de commander cinq 33 tours au seul engagement d'en acheter trois autres dans les deux ans qui suivent. Cinq albums d'un coup à treize ans, c'est énorme. En guise de reconnaissance, mes deux premiers choix son Bécaud pour maman et Aznavour pour papa. Il y a aussi Daniel Guichard  et le meilleur des Platters.
Et puis il y a ce type automate, un peu flou, surement d'un degré avancé de je ne sais quoi. Déjà vu à la télé. Le verbe en diagonale, l'allure décalée.
Pourquoi pas, une Pizza pour la cinq.

2008. Nice, arènes de Cimiez. Joannes et moi venons de quitter Hubert Felix & Paulo et suivons l'exode qui nous mène à la place des oliviers. La ville entière marche comme un seul vers l'endroit déjà comble. Mauvais calcul, plusieurs centaines d'âmes nous ont dévancé. Nous nous frayons avec peine un chemin au plus près, à une bonne vingtaine de mètres au mieux.
La nuit prend toute sa dimension quand l'homme au chapeau s'avance péniblement sous le regard bienveillant des musiciens en place. Interminable entrée, douloureuse. Le temps s'arrête, un courant d'air glacial traverse ce soir de juillet. Les moments qui suivent figent la colline entière dans une torpeur ultime. Personne n'est dupe, l'instant est grâve. Chaque geste est un effort, chaque pas coûte. Mais la magie de la musique agit en antidote, la souffrance s'efface aux premières notes, en apparence pour le moins. Certains fondent en larmes, d'autres en hypnose se réveillent à peine à chaque fin de chanson pour signifier l'état de grâce général par un siècle d'applaudissements. Mon premier concert de bravos sans un cri, de l'aube au crépuscule. Rien par ici ne semble avoir été vécu. Venin, apesanteur, rêve ou chauchemard, peut-être tout à la fois. Une seule pensée commune : plus rien ne s'oppose à la nuit qui tombe sur chacun marqué à jamais par ce spectacle hors dimension.
Le rideau tombe, et comme elle était venue, en long cortège silencieux, reconnaissante, la foule s'en va, guidée par une étoile. Peut être celle là, première à éclairer la nuit.
Pomme d'adam, toutes ces choses...
















Par Deux volumes d'eau - Communauté : La communauté Cali
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Mercredi 11 février 2009 3 11 /02 /Fév /2009 22:23
Quelques mots sur la disparition subite et sans préavis de l'espace sur lequel nous avions campé trois bonnes années. 
Puis je n'y reviendrai plus.

Très déçu d'avoir trouvé portes closes chez les amis, sans aucune explication, comme si rien n'avait existé. Dans le jargon artistique, c'est une "petite mort".
Ne dramatisons pas non plus, tout est relatif dans ce royaume virtuel qui, à défaut de nous appartenir réellement, a l'avantage de nous avoir parfois réunis pour de bon.

Très déçu car deux longues histoires vraies patiemment recousues depuis plus de deux ans se sont envolées, encore à l'état de brouillon car loin d'être terminées.
L'ancre levée, l'encre a passé...

L'une à propos d'un quatuor des squatters devenu l'un des Grands du rock, les Clash. Des amis chers m'ont récemment offert un superbe livre relatant toute l'histoire. Quatre cents pages sur la vie d'un groupe incomparable de sincérité et d'engagement. Je vous le recommande vivement, d'autant plus que je ne recommencerai pas.

Puis la seconde, celle d'un groupe mondialement inconnu, une histoire de copains que la musique a unis à jamais, à un point que vous n'imaginez pas. J'en avais conté quelques passages à un tout jeune musicien pétri de talent qui roulait de grands yeux au récit de vieux souvenirs. C'est en lui parlant de cette vie dans la vie que m'est venue l'idée de vous la faire connaitre, non pour faire valoir ni dans le but de combler un quelconque manque de notoriété, somme toute légitime. Simplement parce que cette histoire de groupe est la plus belle que je puisse jamais raconter.
A ce jour, tout est parti. Imprudent que je suis allez-vous dire, de n'avoir pas sauvegardé ces écrits ailleurs que sur un brouillon de blog. J'avais pensé à tout, ou presque, et copié ces précieuses notes sur disque dur. Malheureusement, un mauvais hasard -l'encatane comme on l'appelle ici- a voulu que ce disque dur subisse le même sort que le blog, quelques jours après seulement.
Plus rien vous dis-je.


Par Deux volumes d'eau - Communauté : La communauté Cali
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Samedi 7 février 2009 6 07 /02 /Fév /2009 11:18

Aucune excuse, tous coupables ! Je parle des quelque cinquante millions de télespectateurs potentiels manquant à l'appel du large dispositif médiatique visant à expliquer, comprendre et tenter de surnager aux tourments de cette Crise tsnunamique qui fait trembler le monde depuis quelques mois.
C'était jeudi soir, à la même heure que la nouvelle star et avec les moyens techniques d'une finale de coupe du monde de foot.
Coupables, j'en suis, j'ai joué avec une guitare en bois toute la soirée, ne me contentant que de comptes rendus d'après match. Qu'en ai-je retenu ? Concrètement pas grand chose de neuf, si ce n'est l'abolition de la taxe professionnelle. Et puis il y a eu la minute nécessaire, un peu comme celle de Mr Cyclopède, vous vous souvenez ? Hé, j'ai une idée, si on augmentait les allocs ? Je ne dis pas que je vais le faire, je pose ça sur la table.
En la matière, mettons nous tous d'accord, les promesses n'engagent que ceux qui les croient. Alors si on commence à juste mettre des idées sur la table pour régler tous nos problèmes, autant se payer un bon quart d'heure avec Roumanoff, le petit verre de rouge en plus.
Le clou du spectacle avec ces fameux trois tiers de bénéfice. Imaginez le fou rire des magnats du CAC en écoutant pareille ineptie. Même Coluche n'y avait pas pensé.

Alors petites gens de tout bord, du midi ou du nord
Je vous le dis encore
Et puis quoi encore ?
C'était plus direct et on savait à quoi s'en tenir, non ?



Par Deux volumes d'eau - Publié dans : Edito - Communauté : La communauté Cali
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